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Interview de Cécile Cayon | Photographe

Mis à jour : févr. 5

Cette année, j'ai eu le privilège d'intervenir en tant que formatrice au métier de Wedding Planner au sein de l'école de formation de l'ISEFAC de Lyon.

Les étudiantes avaient pour projet d'aller à la rencontre des différents acteurs du mariage et j'ai le plaisir de vous faire découvrir l'interview qu'elles ont mené avec Cécile Cayon, photographe !



Pouvez-vous nous parler un peu plus de vous, de votre parcours et nous présenter le métier de photographe de mariage ?


Je suis photographe depuis à peu près 25 ans maintenant. Après le bac, j’ai commencé la fac, mais l’idée d’un métier artistique s’est posé très vite. La photo est devenue une évidence en découvrant un documentaire sur Helmut Newton. A l’époque, il y avait beaucoup moins de possibilités de formations que maintenant, je suis donc autodidacte. Mon rêve était de faire de la photographie de mode mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas du tout un univers fait pour moi.

J’ai, ensuite rencontré une personne avec qui je me suis associée pendant 17 ans et avec qui j’ai crée un studio qui s’appelait « Selenium ». L'idée était de proposer un regard de professionnels pour les particuliers. A l’époque, la photographie de mariage avait peu d’intérêt, les couples de mariés étaient photographiés dans un parc avec des poses calibrées, sans se soucier de la lumière. La photographie de famille se limitait à un enfant posé sur un tas de paille avec un chapeau sur la tête ! L’envie a été d’amener un autre regard, en respectant les personnalités et les envies de nos clients.

En 2012, je me suis séparée de mon associé parce que nos chemins étaient devenus trop différents, nos attentes aussi. De là il y a eu une autre période pour moi qui a été de reprendre une liberté créative. Au niveau de mon travail, j’ai vécu le passage au numérique, qui a été quelque chose d’assez énorme pour notre profession. Réapprendre un métier, maitriser de nouveaux outils…

Et puis là, nouvelle façon de vivre ou de non-vivre depuis un an pour les métiers de l’événementiel et de la culture dont je fais partie.

J’ai la chance de faire un métier qui est ma passion, c’est à dire que j’aime autant être photographe, que de découvrir une exposition. L’art et la culture font vraiment partie de mon quotidien, depuis mes 15 ans, c’est quelque chose qui a été une priorité pour moi à transmettre à mes enfants et c’est quelque chose dont je me sers. La culture fait la différence je trouve.



Quel est votre univers ? Quelles sont vos sources d’inspirations ou les personnes qui vous inspirent dans votre travail ?


L’art d’une façon générale. Je suis une grande fan de danse. La danse c’est quelque chose qui me bouleverse encore plus que le théâtre, que je maîtrise moins. J’ai découvert un spectacle de Béjart j’avais 7 ans et ça a changé ma vie. Il y a des chorégraphes que je suis autant que des réalisateurs ou des acteurs. Un homme comme Mourad Merzouki que j’ai vu commencé, il faisait du hip-hop de quartier vraiment au départ mais qui avait quelque chose un peu de particulier, je l’ai suivi. Maintenant cet homme-là quand je vois un spectacle de lui, je vous promets que je ris, je pleure c’est un truc énorme. Il y a 4/5 grands chorégraphes dont je ne loupe pas grand-chose. La musique m’inspire aussi. Le cinéma, me nourrit, me bouleversent et du coup je m’en sers forcément.

Au niveau de la photo j’ai une culture qui a 30 ans donc avec une grosse partie sur la mode et beaucoup aussi avec ce qu’on appelle les photographes humanistes, c’est-à-dire qui sont sur du reportage humain dans la rue. Le plus connu étant Doisneau mais y’en a pas mal d’autres et des très très grands que ce soit des français comme des américains.

J’essaie de voir beaucoup d’expos. A une époque je montais à Paris tous les mois quand j’ai commencé la photo pour voir des expos. J’ai une technique de m’arrêter devant les choses qui me plaisent et d’essayer de comprendre comment la photo est faite. Mes influences sont vraiment photo, la danse, le cinéma ...


Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste un reportage de mariage ?


Un reportage mariage commence pendant les préparatifs des mariés et se termine à la fin du cocktail, ou après le dessert et les premières danses en fonction du forfait choisi par le couple. Les journées sont toutes différentes, en fonction du rythme, du nombre d’invités, des cérémonies, église ou laïques… Un reportage mariage, c’est le souvenir qu’il reste d’une journée particulière.



Dans le cadre d’un mariage, comment s’organise la préparation en amont ?


Pour être certaine de respecter et d’accompagner les couples, je prépare avec eux un planning, grâce à une fiche technique, une sorte de carnet de bord du jour J. Je rencontre les couples une à deux fois avant le mariage, et nous gardons le contact dans les moments importants où les choses se mettent en place. Au moment du cocktail par exemple, le couple est moins disponible et il reste beaucoup de photos à réaliser. Les groupes, la décoration, l’ambiance et les portraits à la volées. J’ai besoin de connaitre les personnes importantes, voir indispensables. Après j’ai la liste des groupes, je prépare tout en amont avec eux même si sur le moment on peut faire une photo de plus. Je leur conseille de ne pas faire trop de groupes car cela m’est arrivé d’en faire plus de 30 et dans ce cas là je ne peux pas faire de portraits et des photos d’ambiance. Si une famille préfère faire 30 photos posées classiques et décalées plutôt que des portraits à la volée, c’est bien que je sache en amont comme ça j’essaye de faire un maximum de portraits à la volée devant l’église, la mairie. Après ça c’est une différence dans ma façon de travailler. Très important, je demande s’il y a des problèmes particuliers. En général les mariés n’invitent que les gens qu’ils ont envie de voir, par contre dans les invités il y a des fois des gens qui n’ont pas envie de se croiser. Ça c’est hyper important qu’on le sache, ça évite des situations conflictuelles. Mais aussi pour éviter les gaffes…



Le jour J, que devez-vous mettre en place pour réussir à captez les émotions ?


Pour commencer, entrer dans leur histoire le temps d’une journée (et parfois un peu plus). Il parait que je suis une photographe de l’intime, les couples sont à l’aise et mon rôle de photographe me donne une place simple à trouver. Je travaille avec 2 appareils en simultané. La courte focale qui me permet d’être très rapide de près pour des images dynamiques en interaction avec les modèles, mais celle que j’utilise le plus en reportage c’est la longue focale qui permet de capter les émotions . Je fais beaucoup de portraits à la volée, les gens sourient, ou rêvent… Ce sont ces photos que j’aime le plus faire.



Est-ce qu’il y a certaines prestations que vous refusez ?


Alors oui, je résumerais par tout ce qui est tordu, dans lequel je ne suis pas à l’aise.


Quel est votre souvenir de journée de mariage le plus marquant ?


Un jour, un marié m’a demandé de photographier les préparatifs. Cela ne se faisait pas du tout à l’époque donc ce n’est pas une idée à nous, elle est venue de lui qui m’a dit « Il y a toute une partie de la journée que je ne verrai pas. J’aimerais que tu fasses quelques photos au moment où elle s’habille ». Moi je trouvais que c’était un moment assez pudique et au final je me suis rendu compte que c’était sublime. Et quand elle est entrée dans l’église j’ai vu dans son regard à lui, une émotion... je pense que je l’ai jamais retrouvée. Ce regard-là était assez inoubliable.

J’ai aussi fait le mariage d’un couple où la mariée avait perdu sa maman 20 ans auparavant. Elle lui a écrit une lettre qu’elle a lu dans l’église. J’avoue que je me suis liquéfiée sur place et je n’étais pas la seule. Mais elle a tenu, elle n’a pas pleurée. Dans la lettre elle parlait à sa mère. A la fin, sa sœur s’est avancée et elles se sont prises dans les bras l’une de l’autre. Elles avaient 3 ou 4 ans d’écart et au moment ou elles se sont prises dans les bras je me suis avancée, j’ai fais la photo. Au moment où j’ai déclenchée j’étais dans une culpabilité d’avoir photographié ce moment-là. Je ne sais pas comment l’expliquer, je me suis trouvée voyeuse, j’ai eu un peu honte. Finalement, elle m’a dit qu’il s’agissait d’une de ses photos préférées. C’était une photo qui était importante. Je m’en rappelle et ça me donne encore des frissons.

Ce sont mes deux plus grands souvenirs de mariage qui sont quand même de beaux souvenirs.



Avez-vous déjà eu affaire à des situations compliquées à gérer lors d’un mariage ? (conflits, mauvais temps …)


Ahah oui les orages ! Les orages j’en ai eu des gros ! J’ai aussi eu une dispute d’un couple juste avant la cérémonie avec gifle à l’appui devant toute la famille. Le marié est parti et je ne savais pas si il allait revenir. Mais ils se sont dit oui quelques heures après!


Travaillez-vous avec d’autres professionnels du mariage ? (Wedding planner, wedding designer…) Comment se passe les collaborations et quelles sont les étapes à mettre en place avec elles avant un mariage ?


Oui c’est souvent le cas comme avec Julie Eymard de l'agence Scène de Mariage. Les wedding planner ont souvent des photographes qui correspondent à leurs clients. J’ai souvent retrouvée à travailler avec des wedding designer qui s’occupait uniquement de la partie décoration. Après on travaille de toute façon avec d’autres professionnelles, c’est hyper important. Lors de la soirée je suis en lien avec le DJ. Il y en a certains avec qui j’aime réellement bosser qui sont vraiment chouettes. C’est valable pour les fleurs, pour les maquilleuses. On se connaît entre nous, il y a un réseau.



Lorsque vous devez travailler avec de nouveaux prestataires (imposés ou non), comment cela se passe-t-t-il ?


Souvent pour les fleurs par exemple, je les découvre le moment venu. Je vois parfois le nom des prestataires passer et quand je connais j’envois un message en leur disant que je suis sur le mariage et qu’ils auront des photos bientôt. C’est rigolo de voir passer le travail de chacun. Par exemple O’kiosque, j’ai beaucoup travaillé avec elle mais sans forcément la voir sur place.

Après quand il s’agit de nouveaux prestataires, je pars du principe que nous sommes une équipe. On s’est notamment retrouvée avec mon compagnon, alors qu’il venait me chercher dans la Drôme, à aider le traiteur en l’éclairant avec nos téléphones portables pour qu’il puisse dresser les assiettes car il n’y avait plus de lumière. Les mariés ne se sont rendu compte de rien. Lorsqu’il y a une galère, c’est un pour tous et tous pour un. C’est mon point de vue, je sais que tous le monde ne le partage pas.


Avez-vous perçu une évolution de votre métier ou des attentes des clients au fil des années ?


Oui ils sont plus exigeants, ils veulent tout et tout de suite. Ils pensent que tout est possible parce que c’est du numérique. J’entends souvent des phrases « on fait comme ça mais vite fait ». Mais mon travail ne consiste pas uniquement à déclencher l’appareil photo, c’est autre chose la photo. Quand j’ai du temps, les envies viennent et les idées émergent, sinon on se met en mode automatique et on a de belles choses malgré tout mais si je suis focalisée sur mon timing plutôt que sur la liberté de photographier je le ressens. J’ai moins de liberté.



Un grand merci à Cécile Cayon pour ce témoignage !

Cécile CAYON, photographe :

Site internet : http://www.cecile-cayon.com

Instagram : https://www.instagram.com/cecilecayonphoto

Facebook : https://www.facebook.com/cecile.cayon.photographie


Cet interview a été réalisé par Fanny & Stessie, dans le cadre d’un projet d’étude de l’école ISEFAC Lyon. https://www.isefac-bachelor.fr |@isefac.lyon | Isefac Bachelor



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